Elle a donné son dernier morceau de pain à un enfant affamé. 15 ans plus tard, il revient pour tenir une promesse incroyable… 

Marthe n’avait que 45 ans, mais ses mains en paraissaient 70. Elle gratta le fond de son pot de farine. Il ne restait qu’une poussière blanche sur ses doigts secs. Elle savait ce que cela signifiait : ce soir, elle ne mangerait pas.

Dehors, le vent tape contre les planches de bois de sa petite maison. Le ciel est noir et le froid commence à entrer par les fissures des fenêtres. Elle serre son vieux gilet troué contre sa poitrine. Elle entend un bruit étrange qui vient de la cour. Ce n’est pas le vent, c’est plus petit. Elle aurait dû refermer son verrou, mais son cœur lui dictait autre chose.

Elle prend sa lampe à huile et ouvre la porte en tremblant. Un petit garçon est assis contre le mur de la grange. Il porte une chemise trop fine pour l’hiver et il n’a pas de chaussures. Ses pieds sont rouges et couverts de boue séchée. Seul au monde depuis que la maladie avait emporté les siens, il avait marché droit devant lui à travers les bois jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent.

L’enfant ne bouge pas. Ses yeux sont fermés et son visage est très blanc. Marthe s’approche et pose sa main sur son front. Il est glacé comme de la pierre. Elle le soulève avec ses bras fatigués. Elle l’emmène à l’intérieur et le pose près du petit reste de feu dans la cheminée. Elle n’a presque plus de bois, mais elle jette sa dernière bûche dans les flammes.

Le petit garçon ouvre les yeux. Il a l’air terrifié. Il essaie de reculer, mais il est trop faible pour bouger ses jambes.
« N’aie pas peur, » dit Marthe tout doucement. « Tu es en sécurité ici. Comment tu t’appelles ? »
L’enfant met du temps à répondre. Sa voix est un petit sifflement. « Léo, » dit-il avant de se remettre à trembler.

Marthe va vers son buffet. Elle sort le dernier morceau de pain qu’elle gardait pour le lendemain. Elle le coupe en deux et en donne la plus grosse partie à Léo. Léo regarde le pain avec des yeux immenses. Il le dévore en quelques secondes sans s’arrêter. Marthe sourit un peu, même si elle sent son propre estomac crier de faim.

Le lendemain matin, le soleil brille mais il fait toujours aussi froid. Marthe est dans la cour avec Léo. Elle essaie de réparer une clôture avec des vieux morceaux de corde. Une grande voiture noire s’arrête sur le chemin de terre. C’est Pierre, le riche voisin qui possède toutes les terres de la vallée. Il descend en lissant son manteau de fourrure coûteux.

Pierre regarde la maison de Marthe avec dégoût. Il regarde ensuite Léo, qui essaie de se cacher derrière les jambes de Marthe. Pierre éclate de rire.
« Qu’est-ce que c’est que ça, Marthe ? » demande-t-il en pointant Léo du doigt. « Tu n’arrives déjà pas à payer tes dettes, et tu ramasses un chien errant ? »

Face à la cruauté de l’argent, Marthe resta de marbre.

Marthe ne baisse pas les yeux. Elle pose sa main sur l’épaule de l’enfant pour le rassurer. Elle sent que le petit garçon est tendu comme un arc.
« Ce n’est pas un chien, Pierre, » répond-elle. « C’est un enfant qui avait faim et qui avait froid. Je ne pouvais pas le laisser dehors. »

Pierre secoue la tête et sort un carnet de sa poche. Il regarde les chiffres avec un sourire méchant.
« Tu es folle, » dit Pierre. « Jette-le dehors. Garde ton pain pour toi. À cause de lui, tu vas mourir de faim avant la fin du mois. »
Marthe se redresse de toute sa hauteur. Ses vêtements sont sales et usés, mais son regard est fort. Elle ne tremble plus du tout devant cet homme riche.

« On n’est jamais trop pauvre pour avoir du cœur, » dit-elle fermement. « Toi, tu as tout l’argent du monde, mais tu n’as rien dans la poitrine. »

Pierre range son carnet et remonte dans sa voiture en claquant la porte. Il part dans un nuage de poussière en criant qu’elle finira à la rue. Marthe regarde Léo et lui sourit tristement.

Les années passent. La vie de Marthe devient un combat de chaque instant. Le climat change et la terre ne donne plus rien. Elle vend ses dernières poules, puis sa seule vache.
Léo grandit à ses côtés. Il l’aide autant qu’il peut, mais il n’y a pas de travail au village. Un jour, il doit partir pour la grande ville pour essayer de gagner de l’argent.

Le jour de son départ, Marthe lui donne ses dernières économies cachées sous son matelas. Ce ne sont que quelques pièces, mais c’est tout ce qu’il lui reste. Léo pleure en l’embrassant sur le front.
« Je reviendrai, Marthe, » promet-il. « Je te promets que je reviendrai et que tu n’auras plus jamais faim. »

Marthe reste seule. Les mois deviennent des années. Des fils d’argent commencent à briller dans ses cheveux et ses mains se fatiguent plus vite qu’autrefois sous le poids des outils. Mais chaque matin, elle regarde la route, le regard toujours aussi vif. Elle attend des nouvelles, mais le courrier n’arrive jamais.

Un homme en costume gris frappe à sa porte. C’est l’employé de la banque de la ville. Il a un visage froid et il ne regarde même pas Marthe.
« Vous avez trois jours pour partir, » dit-il en lui tendant un papier officiel. « La ferme va être vendue aux enchères pour rembourser vos dettes. »

Marthe s’assoit sur son vieux banc de bois. Elle regarde ses mains calleuses. Elle a travaillé cette terre toute sa vie, et maintenant, elle va finir ses jours sur le bord de la route. Le troisième jour arrive. Marthe a mis ses quelques affaires dans un petit sac en tissu. Elle s’apprête à fermer la porte de sa maison pour la toute dernière fois.

Soudain, un bruit de moteur puissant déchire le silence du matin. Une voiture magnifique, plus belle que tout ce que le village a jamais vu, s’arrête devant le portail. La peinture de la voiture brille comme un miroir. Les villageois sortent de chez eux pour regarder. Pierre, le voisin, est là aussi, la bouche ouverte de surprise.

Un homme grand et élégant descend de la voiture. Il porte un costume noir parfaitement coupé. Il marche avec assurance vers la vieille maison décrépite. Marthe plisse les yeux. Elle ne reconnaît pas cet homme riche. Mais quand il arrive devant elle, il s’arrête et lui sourit. Ce sourire, elle le connaît par cœur.

« Léo ? » murmure-t-elle avec une voix brisée. Ses jambes tremblent et elle manque de tomber, mais l’homme l’attrape juste à temps.
« C’est moi, Marthe, » dit-il en la serrant fort contre lui. « Je suis désolé d’avoir mis autant de temps. J’ai dû travailler dur pour réussir. »

Léo se tourne vers l’employé de la banque qui attendait avec ses clés. Il sort un carnet de chèques et écrit un montant qui fait pâlir l’homme en costume.
« Voici pour la dette, » dit Léo. « Et voici un supplément pour que le nom de Marthe soit le seul sur l’acte de propriété pour l’éternité. »

Pierre s’approche, l’air jaloux et confus. Il essaie de dire quelque chose, mais Léo le regarde avec une froideur glaciale. Pierre baisse la tête et s’en va sans dire un mot. Léo reprend les mains de Marthe dans les siennes. Elles sont toujours aussi rugueuses, mais maintenant, elles ne trembleront plus jamais de peur.

« Pourquoi tu as fait tout ça pour moi ? » demande Marthe en pleurant de joie. Elle n’arrive pas à croire que ce grand homme est le petit garçon qu’elle a sauvé.
Léo regarde la vieille grange où il s’était caché ce soir-là. Il se souvient du goût du pain sec et de la chaleur de la dernière bûche de Marthe.

« Tu m’as donné un foyer quand je n’avais rien, » dit-il avec émotion. « Tu as partagé ton dernier repas avec un inconnu alors que tu n’avais rien. »

Léo ouvre la portière de sa voiture de luxe et aide Marthe à s’installer sur les sièges en cuir souple. Il jette le vieux sac en tissu sur le siège arrière.
« Aujourd’hui, c’est mon tour de prendre soin de toi, » ajoute-t-il. « Tu ne manqueras plus jamais de rien, je te le jure. »

Ils quittent la ferme alors que le soleil se lève sur la vallée. Marthe regarde le paysage défiler et elle sait que sa vie de souffrance est enfin terminée. Elle repense à ce que Pierre lui avait dit autrefois. Elle sait maintenant qu’elle avait raison depuis le début : le cœur est la seule richesse qui compte vraiment.